Partager l'article ! Mercury Day: Alors qu’aucune commune maritime, soucieuse de son environnement et de sa réputation, ne veut désormais accueillir cette man ...
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Alors qu’aucune commune maritime, soucieuse de son environnement et de sa réputation, ne veut désormais accueillir cette manifestation sulfureuse, interdite, rappelons-le, par le préfet sur certains sites sensibles, voici que le maire de TDH a sollicité, lui, l’honneur et le privilège de la recevoir, prétextant entre autres qu’il n’avait rien vu venir du Conseil Régional pour relancer l’économie dans son île et que l’occasion était trop belle pour ne pas faire d’une pierre deux coups : apporter du sang neuf au commerce local et faire connaître au monde entier l’existence des Saintes !... Mais peut-être sur ces deux motivations faudrait-il revenir.
Pour le moment, selon le point de vue auquel ils se placent, adversaires et partisans avancent bien entendu, les uns et les autres, leurs arguments respectifs pour défendre ou condamner ce type de festivités. Il n’y a qu’à lire les commentaires contradictoires des internautes sur le sujet pour se rendre compte que, d’un côté comme de l’autre, l’unanimité est loin d’être acquise.
Mais au-delà d’une prise de position pas toujours simpliste des internautes – et sans doute aussi de tous ceux qui n’ont pas la possibilité de s’exprimer publiquement sur internet - en faveur ou contre ce fameux M.D., quelles sont les seules et vraies questions qui se posent sinon celles de savoir d’abord quelle qualité touristique et écologique nous voulons pour la Guadeloupe en général et pour les Saintes en particulier, et ensuite et surtout quel modèle moral et culturel il est souhaitable de proposer à la jeunesse ?
Si le tourisme se réduisait à la seule question d’une fréquentation massive et d’une rentabilité économique momentanée, on ne peut pas dire que le Mercury Day ait été une mauvaise opération pour les Saintois puisque selon le maire de Terre-de-Haut, restaurants, hôtels et gîtes locaux ont affiché complet pendant deux jours. Que commerces en tous genres, marchands de pacotilles et de tourments d’amour, transporteurs, loueurs de véhicules, et j’en passe, ont vu leur chiffre d’affaire doubler sinon quadrupler en un seul WE. Qu’enfin les finances communales elles mêmes auraient été, semble-t-il, renflouées par la générosité des organisateurs…
En ces temps difficiles de crise générale, comment ne pas comprendre que tout ce qui apporte du beurre dans les épinards privés ou publics, même sporadiquement, est bon à prendre ? Encore faudrait-il qu’à l’heure du bilan on fasse la balance et qu’on connaisse le prix exact payé par la collectivité en termes de dépenses d’encadrement, d’organisation, de saccage de l’environnement, d’image même de la commune, sans parler des désagréments inévitables causés aux riverains par un événement soi-disant touristique mais de caractère strictement privé et promotionnel, il faut le rappeler...
Peut-on en effet qualifier de touristes une horde de participants à une manifestation tapageuse, si rentable financièrement soit-elle, lorsque ces participants, généralement plus qu’aisés et jeunes pour la plupart, ont pour unique motivation de venir, le temps d’un week-end, se défouler massivement en tenue pour le moins provocante et par tous les moyens, même les moins avouables ? Qu’en est-il alors du touriste véritable à la recherche de dépaysement, de tranquillité, de loisirs sains, d’enrichissement culturel et humain et qui s’installe pour quelques jours dans le pays, seul ou en famille, faisant tourner lui aussi à sa manière l’économie locale, mais de façon durable et qui n’a qu’une envie : revenir au plus vite et recommander le lieu à ses amis ?
Apparemment, pour les élus de Terre-de-Haut, et principalement pour le premier d’entre eux, en matière d’événement « hautement » touristique, le choix est fait et ne peut être plus clair : qu’importe de faire fuir le visiteur intelligent en quête de ressourcement paisible, pourvu que la masse anonyme et bruyante donne l’illusion d’une fréquentation maximale. Qu’importe d’offrir à la jeunesse saintoise, déjà pour une grande part désœuvrée et encline à toutes les tentations modernes de dépravations, car sans autres possibilités sur place d’occupation et de divertissement, l’exemple et l’occasion d’une plus grande déchéance physique et morale, pourvu que le commerce local tourne à plein régime. Qu’importe que la baie des Saintes, classée semble-t-il troisième du monde, soit le dépotoir de déchets de toute nature et perde durablement sa limpidité légendaire, pourvu que M. le maire se mette en avant et donne l’illusoire et démagogique impression de « travailler » pour « sa » commune !
Comme nous, beaucoup de Saintois ont déjà compris depuis longtemps le fonctionnement du système en place. Ils savent entre autres pourquoi, par exemple, la place du Plan d’eau n’a pas été aménagée pour le bien-être des habitants mais laissée vide pour l’installation de stands – distribués de façon ciblée - et de podiums à très haut niveau sonore, montés à l’occasion des « festivités » populistes et assourdissantes du 15 août, de Pâques, de la Pentecôte et aujourd’hui du M.D … Mais quand le nombre, le tapage et l’extravagance priment systématiquement sur la qualité et la bienséance, n’y a-t-il pas de quoi s’interroger ?
S’interroger par exemple sur le fait qu’il n’existe à Terre-de-Haut aucun festival de musique comme à Marie-Galante ou ailleurs, et que la seule tentative entreprise par une association locale de jazz, au début des années 2000, a été tuée dans l’œuf par la volonté manifeste des autorités communales. S’interroger sur le fait que ces mêmes autorités refusent systématiquement à certaines associations l’autorisation d’utiliser le domaine public pour un simple « chanté nwel » populaire. S’interroger sur l’obstination à ne pas mettre à la disposition du club de voile traditionnelle un local pour entreposer ne serait-ce que son matériel, et à s’opposer à l’organisation d’une étape à Terre-de-Haut du tour nautique de la Guadeloupe. S’interroger sur l’inexistence dans la commune de structures publiques pour une exposition artisanale ou artistique… Autant de manifestations culturelles et sportives endogènes susceptibles d’intéresser et d’attirer durablement amateurs et visiteurs même occasionnels, avec bien évidemment des retombées économiques induites non négligeables.
Voilà quelques réflexions exprimées dans le seul but d’apporter une contribution au débat d’aujourd’hui et qui, loin d’épouser les thèses racistes, extrémistes et fallacieuses du LKP à propos du sujet à juste titre controversé de l’organisation et de l’existence même d’une manifestation telle que le M.D., voudraient à leur niveau poser le problème de l’instauration d’un tourisme de qualité dans nos îles, alliant respect des personnes et de l’environnement, et susceptible d’enrichir aussi bien économiquement que culturellement les différents protagonistes.
Réflexions qui posent également le problème du niveau de conscience de nos élus dans le choix de leurs initiatives et dans la conception qui est la leur des manifestations culturelles, artistiques, sportives, de loisirs et pourquoi pas ? intellectuelles et spirituelles, à organiser dans leur commune, conception si possible éloignée et exempte de toutes motivations et arrière-pensées électoralistes et démagogiques.